• Christian La Grange a adressé une note au groupe Logo du groupe Partage des RessourcesPartage des Ressources il y a 10 ans et 1 mois

    Un Bavardage avec des Images

    Présentation

    «Respect mutuel, si simple et toujours non atteint…
    … non atteint, et pourtant appelant.»
    Ida Gerhardt

    Dans cette première partie de notre site web ‘Un Bavardage avec des Images’ vous pourrez suivre quelques échanges entre:

    Mia, la gestionnaire du Blauwe Bloem (texte violet)

    et

    Gerda, qui l’inonde de questions sur le magasin (texte bleu).

    De temps en temps

    Luc, le co-gestionnaire donne quelques infos (texte vert).

    Et de temps en temps aussi

    des clients prennent la parole (texte marron).
    Un Bavardage avec des Images

    Entrez dans un autre Monde !

    – Le Blauwe Bloem (La Fleur Bleue) est bien un magasin de produits naturels à Gand, non?
    – Oui, mais d’un type particulier!
    – Pourquoi ? A cause des produits qui y sont vendus?
    – Aussi, mais c’est surtout à cause de la manière dont ils sont commercialisés. Le Blauwe Bloem a opté pour un type d’économie différent de nos habitudes.
    – Ah bon! A-t-on donc le choix?
    – Évidemment! L’économie n’est pas une loi de la nature comme le climat, mais c’est une œuvre humaine. Aujourd’hui, presque tout le monde pense que l’économie de marché est la seule forme possible. Mais en réalité elle a déjà bien pris de l’âge ! Les principes datent en effet du 18ème siècle et ont déjà été en partie mis en doute par leurs propres concepteurs (Adam Smith p. ex.).
    – Ah oui? De quoi pourrait-on déduire que cette économie de marché a vieilli?
    – Ce n’est pas difficile. Pour le simple bon sens, il est incompréhensible que chaque jour beaucoup de personnes meurent de faim sur terre, alors que celle-ci est capable de nourrir plus du double de la population mondiale. Si nous laissons faire l’économie de marché dans sa forme actuelle, le monde ira droit dans le mur dans plus d’un domaine.
    – Quel est le problème avec l’économie de marché?
    – «Problème» n’est pas le mot juste ; disons qu’elle est «dépassée». La forme actuelle du capitalisme n’est plus adaptée aux possibilités dont nous disposons en tant qu’êtres humains. Le concept d’économie de marché a pour principe que, dans la vie sociale, donc dans vos relations avec vos semblables, vous vous conduisez en principalement par égoïsme; vous mettez donc votre propre intérêt au-dessus de celui des autres.
    – Ceci est tout de même normal, chacun est naturellement enclin à penser d’abord à son propre profit. «Qu’est-ce que cela va me rapporter?»
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    Entrez dans un autre Monde !

    – Vous pouvez observer dans votre vie quotidienne que cela n’est pas vrai. Presque tout le monde trouve, au contraire, de la joie à faire quelque chose pour un autre, aussi et surtout quand il n’y a pas de «récompense». En fait, l’altruisme est une impulsion très forte dans la vie humaine et cela vaut aussi dans la vie sociale; sinon des organisations telles que «Médecins sans Frontières», «Greenpeace» et «Amnesty International» ne pourraient exister.
    – Ça, c’est autre chose. Ce sont des organisations qui sont nées pour répondre à des urgences sociales.
    – Mais, ça, c’est précisément ce qui concerne la vie économique: des personnes qui en ont les moyens et les capacités rencontrent les détresses et besoins d’autres personnes. Un client a par exemple besoin de pain pour assouvir sa faim; un boulanger a les compétences pour lui fabriquer ce pain. Si vous vouliez donner une définition à l’économie, vous pourriez dire: la fabrication de produits et la prestation de services dont d’autres personnes ont besoin.
    – D’accord, mais la motivation des gens qui produisent c’est tout de même, habituellement, le profit qu’ils en tirent.
    – Dans l’économie actuelle, oui, certainement. Mais il n’y a aucune raison de croire que, du point de vue humain, vous devriez abandonner votre impulsion altruiste au moment où vous entrez dans la vie économique – ce que nous faisons tous chaque jour. D’après les théories économiques classiques, vous devriez tout à coup agir uniquement dans votre intérêt, égoïstement.
    – Pourtant, ce sont ces théories qui sont préconisées dans la plupart des écoles. Je ne peux pas m’imaginer que, si ces théories ne marchaient pas, on ne se poserait pas des questions.
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    Entrez dans un autre Monde !

    – Je peux vous dire que, ces dernières années, beaucoup d’investigations scientifiques ont été faites qui montrent que la plupart des gens n’agissent pas en premier lieu par recherche du profit, comme la théorie économique conventionnelle nous le raconte.
    – Aussi quand il s’agit de gagner de l’argent?
    – Aussi et même surtout! L’économiste hongrois Lazslo Zsolnai dit même carrément que gagner de l’argent mine la motivation des gens; ceci est d’ailleurs confirmé par d’autres expériences mais aussi dans des situations concrètes difficiles. Quand ils en ont l’occasion, les gens veulent bien travailler gratuitement pour les autres. Mais les structures économiques actuelles ne leur donnent guère cette chance.
    – Je ne pense tout de même pas que notre économie aille si mal, même si elle se fonde sur la recherche du profit personnel et les avantages matériels.
    – En tant que consommateur, vous pouvez encore y croire jusqu’à un certain point, aussi longtemps que vous ne regardez pas dans les coulisses. En réalité, notre économie s’est dégénérée mondialement en un champ de bataille impitoyable, alors que la plupart des gens ne le veulent absolument pas. Notre économie a perdu une relation saine avec la vie.
    – Donc..?
    – Donc il est temps pour un renouveau ! Dans le Blauwe Bloem, nous travaillons à une économie qui donne une réponse aux bonnes intentions des gens. Par ailleurs, nous ne voulons pas balayer de la main ni négliger les côtés positifs de l’économie de marché, mais lui donner une suite. L’intention est de métamorphoser cette économie de marché en une forme qui soit adaptée à l’avenir.
    – Quelle est la spécificité de cette nouvelle forme d’économie? A-t-elle un nom?
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    Entrez dans un Autre Monde !

    – Nous parlons d’une économie associative. Mais l’origine de ce nom n’importe pas tellement en ce moment. Pour répondre à votre première question, je vais à mon tour vous demander s’il vous semble sensé de voir remplacés, dans la vie économique, l’anonymat par la rencontre de l’autre et la stratégie par le dialogue?
    – Tout cela me semble très intéressant et attirant, mais aussi assez abstrait! Pour répondre à votre dernière question, je devrais pouvoir me représenter comment cette économie pourrait fonctionner concrètement.
    – Je comprends. Pour cela je vous invite cordialement à faire la connaissance sur place avec le Blauwe Bloem.
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    Faisons Connaissance

    Vous avez peut-être entendu parler du Blauwe Bloem ou peut-être lu quelque chose à son sujet, vous êtes curieux et vous décidez d’aller y jeter un coup d’oeil, à ce magasin étonnant. Si vous ne nous prévenez pas et venez à l’improviste, vous serez probablement surpris de trouver porte close! En effet, nous ne sommes ouverts que le mardi et le vendredi.

    Bon, vous venez un de ces deux jours. À première vue, vous voyez à peu près ce qu’il y a dans la plupart des magasins: des étagères et un comptoir avec une balance et une caisse. Il y a aussi toute une série de rayons avec des aliments et des produits de nettoyage et de santé, et d’autres choses. Vous remarquerez pourtant que les quantités de produits exposés sont bien moindres qu’ailleurs.

    Mais vous serez surpris de voir que les clients ne prêtent aucune attention à ces produits: ils se dirigent directement vers une grande table où ils remplissent des formulaires de commande pour une prochaine livraison; ou ils utilisent un ordinateur mis à leur disposition sur une autre table. Ensuite ils se dirigent vers l’arrière du magasin.

    Vous les suivez à l’arrière et que voyez-vous? Une grande quantité de casiers dans lesquels des commandes sont préparées. Chaque casier a un nom de client. Vous en déduisez que, dans ce magasin vous pouvez devenir ‘titulaire d’un casier’.

    Le client commence généralement par vider son casier. Le contenu de celui-ci n’est même pas présenté à la caisse; le client le met dans son sac ou dans sa voiture parquée derrière le magasin. Il se dirige alors vers la caisse qui semble déjà connaître tout ce qui a été enlevé. Magie? Pas du tout, les articles enlevés ont été préparés et enregistrés à la caisse la veille de chaque jour d’ouverture. Entre temps, un gestionnaire vous aura bien remarqué et vous aura invité à faire connaissance autour d’une ‘tisane maison’. Vous pourrez alors l’inonder de questions qui n’auront pas trouvé réponse dans cette première présentation ‘informatique’. Puis suivra certainement la visite guidée du magasin.
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    La Demande Exprimée

    – Je commence à mieux saisir comment vous fonctionnez au Blauwe Bloem. En laissant les clients commander à l’avance, vous pouvez commander vos produits dans de meilleures conditions. Tout commence donc avec la demande exprimée par le client; ça me semble logique. Et comme vous vendez beaucoup de produits frais, je vois mieux les avantages: pas de pain, fruits ou légumes à la poubelle s’ils deviennent invendables après quelques jours. Mais je vois aussi dans les rayons beaucoup de produits préemballés et de longue conservation. Ceux-là, les clients doivent aussi les commander à l’avance?
    – Eh oui! Nous pratiquons de la même façon. En principe, nous n’avons aucun produit dans les rayons, qui ne soit commandé.
    – Ah? Pourquoi pas?
    – Pourquoi devrions-nous remplir les rayons avec des choses dont nous ne sommes pas sûrs qu’elles seront vendues un jour. Ce serait une espèce de jeu de hasard. N’oubliez pas que beaucoup de produits préemballés ont une date de péremption qui est parfois bien proche.
    – Mais alors, comment tous ces produits arrivent-ils dans ces rayons?
    – Notre assortiment est beaucoup plus étendu que ce que vous voyez, donc beaucoup d’articles manquent. Cette réserve s’est constituée parce que la plupart des produits se vendent en emballage groupé (par six, dix, douze pièces, etc.). Donc, prenons trois clients qui commandent chacun une bouteille de vin. Le carton en contient six. Les trois bouteilles restantes vont dans les rayons.
    – Et qu’est-ce qu’elles deviennent ?
    – Elles déménageront probablement les jours prochains dans les casiers de l’un ou l’autre client qui les commande. Parfois elles sont achetées par des clients qui, pour l’une ou l’autre raison, n’ont pas reçu toute leur commande. Aussi quand un client a besoin de plus que ce qu’il prévoyait. C’est une espèce de réserve tampon.
    – Combien à l’avance dois-je commander les produits ?
    – Normalement, vous pouvez déjà commander vos produits pour la prochaine journée de distribution, donc une demi-semaine à l’avance.
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    La Demande Exprimée

    – Tout cela semble bien logique, mais ça doit être exigeant de commander à l’avance des produits dont vous aurez besoin et que vous n’avez même pas vus.
    – En effet, au début un peu d’exercice sera nécessaire. Nous sommes habitués, dans l’économie de marché, à être matraqués de publicités pour des produits soi disant utiles alors que nous n’en avons pas nécessairement besoin!
    – J’ai encore pas mal de questions en tête.
    – Pas de souci, allez-y! Puis-je vous offrir encore une tasse de tisane?
    – Avec plaisir, elle est délicieuse!
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    Le Prix du Poireau

    – La première question qui vient à l’esprit est: vais-je payer plus cher au Blauwe Bloem que dans un autre magasin de produits naturels?
    – Question importante! Pourtant, je ne peux y répondre par ‘oui’ ou ‘non’. La réponse dépend de plusieurs facteurs: la sorte et la quantité de produits et aussi la manière dont vous les obtenez. La réponse sera différente de client à client.
    – Comment ça?
    – Commençons par le commencement. Vous êtes-vous déjà posé la question de ce qu’est réellement le prix d’un produit et s’il est correct?
    – Correct? Plus il est bas, mieux ça vaudra!
    – Avez-vous déjà pensé au fait que si le prix est trop bas, cela signifie une catastrophe pour celui qui l’a fabriqué ? Cela peut avoir comme conséquence qu’une entreprise pourrait tomber en faillite ou qu’un fermier qui cultive d’excellents légumes serait obligé de faire des ‘économies’ qui diminueront la qualité de ses produits.
    – En effet, je n’ai jamais réalisé ça.
    – Voilà un des grands défauts de l’économie du marché: vous n’obtenez qu’une vision unilatérale de la réalité; vous ne pouvez que vous égarer sur toutes sortes de fausses pistes. Un prix trop bas est tout aussi funeste pour le producteur qu’un prix trop élevé l’est pour un consommateur.
    – Mais je pensais que la loi de l’offre et de la demande veillait à ce aue les prix justes se fixent automatiquement.
    – C’est une fable! Ce qu’on appelle aujourd’hui le ‘marché’ n’existe plus depuis longtemps. La réalité, c’est que la recherche aveugle du profit, tant du coté des producteurs que des consommateurs, fausse les prix.
    – Qu’est-ce que vous entendez alors par un juste prix.
    – Prenons un exemple. Si vous achetez un kilo de poireaux, ce sont une quantité de gens qui s’activent: un commerçant, un transporteur, un marchand de combustible, un fermier, un fabricant de tracteurs, plusieurs commerçants et plus encore. Ce poireau a alors un juste prix si tous ces gens reçoivent suffisamment de revenu durant la période nécessaire pour produire et fournir à nouveau un kilo de poireaux. Ce revenu leur est nécessaire pour subvenir, durant cette période, à tous leurs besoins.
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    Le Prix du Poireau

    – Et comment voulez-vous fixer ce prix si vous ne comptez pas sur la régulation par le marché?
    – Pour cela, vous ne pouvez pas compter sur le hasard; au contraire, il faut beaucoup d’intelligence humaine et de concertation entre les différentes parties. Je veux dire les producteurs, les intermédiaires et les consommateurs. Les clients aussi doivent y être activement participants, ceci est de la plus haute importance et aussi une caractéristique de l’économie associative. Dans certaines situations, ces consommateurs se feront représenter à ces concertations.
    – Tant qu’il n’existe pas d’économie associative à grande échelle, c’est impossible à réaliser! Au Blauwe Bloem comme ailleurs, non? Comment voulez-vous réaliser quelque chose?
    – À la réflexion d’un prix, le total final se compose de tous ces petits et grands revenus de tous ces gens qui ont participé d’une manière ou d’une autre à la réalisation du produit ou du service.
    – C’est clair.
    – Mais dans les circonstances actuelles, tout cela est très opaque et vous avez raison de dire que nous ne pouvons pas changer cela en un tournemain. Mais nous pouvons tout de même commencer. En effet, il y a au moins une partie du prix où la transparence pourrait être possible et donc objet de concertation avec les clients.
    – Je ne vois pas quelle pourrait être cette partie.
    – Et que pensez-vous du revenu des gestionnaires du magasin ?
    – Évidemment, ce revenu fait aussi partie du prix ! Mais… ne m’avez-vous pas dit que le commerce n’a pas été inventé pour gagner de l’argent, mais pour répondre aux besoins des gens?
    – Certainement, mais ça ne signifie pas que, en tant que commerçants, nous n’avons pas besoin d’un revenu. Cela signifie seulement que chercher à avoir un revenu ne doit pas être le motif principal de notre travail. Parce qu’alors, nous serions tentés d’augmenter de plus en plus les affaires pour avoir plus de profit; la vraie question des besoins ‘réels’ deviendrait secondaire. Pourquoi pensez-vous que le commerce ambiant pousse les consommateurs massivement, à coup de campagnes de réclame et de promotion, à assouvir toujours plus de besoins?
    – Je ne vois toujours pas comment vous pourriez y échapper au Blauwe Bloem.
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    Le Prix du Poireau

    – En mettant les bœufs avant la charrue plutôt qu’après. Dans une société saine, chaque personne a droit à un revenu décent; cela doit être le point de départ d’une fixation d’un juste prix et non le contraire !
    – Donc, vous mettez en priorité le revenu dont vous avez besoin.
    – Oui! Et c’est avec ce point de départ que nous concluons des accords pour une durée de six mois. Chaque client s’engage de verser chaque mois une partie fixe de ce revenu total. Ce montant est différent pour chaque client; nous l’appelons ‘la part du collaborateur’.
    – Est-ce que le client paie ce montant en plus du prix des produits?
    – Certainement pas! Il va de soi que nous enlevons hors du prix ‘classique’ la partie qui revient habituellement au commerçant. Cela signifie en pratique que les clients du Blauwe Bloem paient le prix du produit en deux parties. Quand ils paient leurs commissions au magasin, il s’agit uniquement du prix des commissions. À côté de cela ils versent mensuellement la part du collaborateur.
    – Les clients paient-ils la même part au collaborateur ?
    – Ce pourrait être une option, mais elle n’est pas très correcte. On peut considérer la part du collaborateur comme le prix pour un service rendu. Or, chaque client reçoit un service différent: une grande famille reçoit plus de services qu’un étudiant isolé. Pour cette raison, un accord séparé est conclu avec chaque client.
    – Ça me semble bien compliqué!
    – À première vue oui, parce que c’est inhabituel. Mais dans la pratique ce fonctionnement existe depuis de nombreuses années avec satisfaction. Les clients se portent garant, en tant que groupe, du revenu des gestionnaires. Ceux-ci sont alors libérés du souci de leur revenu et ils peuvent engager totalement leurs capacités à préparer les commissions demandées par les clients.
    – Mais, cela me semble tout de même toute une affaire dans la pratique pour faire ces accords !
    – Cela fonctionne avec un minimum de formalités et un maximum d’efficience. En y consacrant deux fois par an un bon moment, on économise beaucoup de temps et d’incertitude.
    – Donc, ce montant est ainsi convenu et il diffère selon le client. Quel est le critère?
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    Le Prix du Poireau

    – Nous utilisons une clé de répartition qui tient compte, selon quelques modalités, du nombre de produits que le client achète. La sorte de produits n’a donc pas d’importance.
    – Mais si je décidais de devenir client, je n’aurais pas la moindre idée des produits que j’achèterais.
    – Bonne remarque! Pour cette raison, nous avons convenu des règles qui permettent aux nouveaux clients de faire l’apprentissage de notre fonctionnement et de connaître certaines données pour établir une première convention. Celle-ci ne couvrirait d’ailleurs pas six mois; le client doit pouvoir se familiariser petit à petit avec le fonctionnement du Blauwe Bloem et s’y sentir bien.
    – Ainsi tu as fait le tour de la maison ?
    – Sûrement pas. Mais n’est-ce pas assez pour aujourd’hui ?
    – Oh oui! Ma tête est remplie de nouvelles manières de voir les choses et je dois encore les digérer. Je ne vois pas encore clairement comment je pourrais fréquenter le Blauwe Bloem en tant que client.
    – Ici vaut le dicton anglais : «La preuve du pudding, c’est de le goûter!».
    – J’aurais dû m’en douter! Donc la question prochaine ne peut être autre que:
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    Comment devenir Client au Blauwe Bloem ?

    Si vous décidez de devenir client, vous aurez peu de formalités à remplir. D’abord vous devrez évidemment vous familiariser avec les commandes préalables; vous devrez vous habituer à réfléchir à l’avance sur quels produits vous aurez besoin durant les quelques jours suivants. La pratique montre que cela n’est pas un effort démesuré, mais demande tout de même un réel changement.

    Vous pouvez en principe commander un ‘jour d’ouverture’ à l’avance – et si possible dans l’avant-midi – donc par exemple le mardi matin pour le jour d’ouverture du vendredi. Idem le vendredi matin pour le jour d’ouverture du mardi. En cas d’oubli, envoyez-nous votre commande tardive malgré tout et faites-le nous savoir par téléphone ou par courriel.

    Vous pouvez commander de deux manières. La manière classique est de remplir un ou deux formulaires qui se trouvent sur la table des commandes. Le formulaire pour les produits frais est mis à jour chaque semaine selon les offres ‘du jour’. Vous y trouverez aussi les infos hebdomadaires importantes

    Certains clients préfèrent commander par voie électronique via internet; vous pourrez alors réfléchir à votre aise sur vos choix dans tout l’assortiment de produits. Pour vous donner accès au site web du Blauwe Bloem, le gestionnaire vous donnera votre nom d’utilisateur et votre mot de passe. Vous recevrez aussi une petite démonstration et quelques trucs et ficelles pratiques.

    Voulez-vous jeter un coup d’œil sur tous les produits vendus au Blauwe Bloem? C’est possible: ouvrez la fenêtre de commande en cliquant sur le bouton ‘Bestellen’, écrivez ‘Demonstratie’ comme nom d’utilisateur et ‘DBB’ (les initiales du magasin) comme mot de passe. Choisissez un jour au hasard et vous trouverez tous les produits disponibles. Il y a aussi un bouton ‘Help’. Quant aux prix des produits, tenez compte de la remarque sur la ‘part du gestionnaire’ que vous trouvez quelques alinéas plus loin.

    Comme c’est important (surtout au début) d’entrer dans le rythme des commandes, vous aurez avantage à faire vos commandes le jour où vous cherchez vos produits.
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    Comment devenir Client au Blauwe Bloem ?

    Chercher vos produits peut aller très vite puisque tout est déjà prêt. Vous les cherchez dans votre casier au magasin et dans la chambre froide pour ‘produits frais’ et bouteilles. Avez-vous besoin d’autre chose que ce que vous avez commandé? Regardez dans la réserve. Ces produits non commandés devront évidemment être présentés à la caisse pour votre décompte final.

    Dans cette première phase de collaboration nous vous demandons de payer vos commissions au comptant à la caisse. Il n’y a pas de terminal pour cartes bancaires. Dans une phase ultérieure, vous comprendrez pourquoi ce système (qui coûte de l’argent) ne trouve pas sa place dans notre magasin. Le gestionnaire ajoutera au total de vos achats la somme qui est destinée au gestionnaire et qui correspond au nombre de vos achats. Contrairement aux autres magasins, cette somme n’est pas comprise dans le prix des produits.

    Après environ quatre semaines vous aurez un entretien d’évaluation avec un des gestionnaires. Nous verrons ensemble comment cela s’est passé et quels sont éventuellement les points à éclaircir. Posez vos questions au gestionnaire, il pourra vous répondre et vous donner peut-être quelques conseils pour un fonctionnement plus satisfaisant.

    Si vous décidez de rester client, nous vous demanderons alors un engagement pour une durée relativement courte. Après cette période de lancement, vous aurez eu un aperçu de la façon selon laquelle vos emplettes se dérouleront dans les prochaines semaines. Sur cette base et pour une durée de maximum deux mois, nous établirons une convention pour fixer la ‘part du gestionnaire’. Vous paierez cette contribution mensuellement et elle ne sera évidemment plus ajoutée à vos décomptes à la caisse.
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    Dix Avantages à être Client au Blauwe Bloem

    1. Le premier avantage pratique, c’est que votre commande vous est réservée. Que vous veniez le matin à l’ouverture de l’école ou le soir après la journée de travail, ce que vous avez commandé ne sera emporté par personne d’autre.
    2. Commander à l’avance peut paraître assez lourd au début, mais après un certain temps, vous remarquerez que cela vous aide à déterminer vos besoins réels. Vous remarquerez probablement qu’acheter au Blauwe Bloem vous revient moins cher. Chez nous vous ne serez pas sollicités par toutes sortes de «bonnes affaires» ou des promotions avec prix diminués, mais dont il s’avèrera que vous n’aviez pas besoin.
    3. Certains clients observent que ces commandes préalables leur apportent de l’ordre et un certain rythme dans leur vie.
    4. Un autre avantage de cette méthode, c’est la rapidité du passage au magasin. Plus besoin de chercher chaque produit dans les rayons; le gestionnaire l’a fait pour vous. Cela compense largement le temps passé à remplir votre formulaire de commande.
    5. Le décompte à la caisse se passe aussi très vite ; presque toutes les données sont déjà entrées dans le système informatique. Le temps gagné est souvent passé à tailler une bavette sympa à la table des commande…
    6. Ce que beaucoup de clients apprécient au Blauwe Bloem, même avant d’avoir fait plus amplement connaissance, c’est le calme: vous n’êtes pas assaillis par d’énormes masses de produits et toutes sortes d’impressions fortes comme dans les supermarchés.
    7. Être consommateur aujourd’hui, ce n’est pas seulement acheter des choses dont vous avez réellement besoin, c’est aussi réaliser que beaucoup de personnes ont rassemblé leurs compétences pour produire et distribuer les produits que vous avez demandés. Il est difficile sinon impossible de faire cette expérience dans un supermarché et d’en ressentir une forme de respect.
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    Dix Avantages à être Client au Blauwe Bloem

    8. Au Blauwe Bloem vous pouvez développer certains sentiments non seulement vis-à-vis des gestionnaires mais aussi vis-à-vis de certains producteurs qui s’ingénient à réaliser les choses que vous souhaitez. Nous avons, par exemple, mis sur pied des projets de coopération avec certains de nos producteurs, principalement des cultivateurs de fruits et légumes. Nous organisons régulièrement des visites sur place avec les clients.
    9. Autre avantage est la fixation du prix qui a lieu en pleine transparence, de sorte que vous, en tant que client, sachiez que vous ne payez ni trop ni trop peu. Plus encore, en tant que client actif vous pouvez participer à cette formation du prix.
    10. En tant que client du Blauwe Bloem vous pouvez aussi y vivre un réel processus d’apprentissage. Le magasin peut vous aider à acquérir une certaine vision sur l’économie et l’organisation sociale, qui peut vous être utile aussi dans d’autres circonstances.

    Si vous voulez œuvrer à une économie d’avenir, où le commerce devient une affaire de confiance réciproque et dans laquelle vous vous sentiez coresponsable, n’hésitez pas, venez nous rejoindre au Blauwe Bloem.
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    Seuil et Horizon

    – Je dois reconnaître que votre concept de magasin est bien conçu et qu’il semble bien tourner dans la pratique. Mais il y a tout de même encore quelque chose qui me reste en travers de la gorge.
    – Quoi donc?
    – Celui qui observe le fonctionnement étonnant du Blauwe Bloem, est tout de même surpris de ces multiples ‘règles du jeu’ inhabituelles. Dans ce magasin le client doit commander à l’avance, doit s’engager à verser une contribution au gestionnaire, doit tenir compte d’heures d’ouverture réduites. Tout cela est bien compliqué; dans les magasins habituels, cela n’est pas demandé. Je ne peux m’empêcher de penser que ce magasin a un seuil bien élevé à passer.
    – C’est à discuter! Mais avez-vous déjà songé combien un seuil est une invention géniale. Un seuil est un point d’appui qui vous permet d’atteindre un niveau supérieur que vous n’auriez pu atteindre autrement qu’avec beaucoup de peine. L’amusant, c’est qu’une fois le seuil franchi, il disparaît de la conscience mais vous permet plus de hauteur de vue. Donc, passez le seuil et élargissez votre horizon!
    – Entre temps je suis devenu curieux de savoir ce que les clients de longue date pensent de ça.
    – Merci pour cette question; vous pourrez trouver quelques échos ci-dessous.
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    Qu’en pensent les Clients ?

    Fin 2009 Annemie Nijs a réalisé une enquête auprès des clients pour connaître leur avis sur le magasin en tant que client. La moitié ont répondu à la question : «Pourquoi êtes-vous client au Blauwe Bloem?».

    Annemie N.: Parce que le Blauwe Bloem est chouette et me rend heureux d’y être client. Pourquoi? Pour la loyauté, la bonne collaboration entre producteur, client et le gestionnaire du magasin, pour le respect pour la terre, la nature, les infos et la connaissance de choses utiles que nous pouvoir apprendre de l’intérieur à l’occasion de soirée de films, visites à des entreprises, réunions de clients… Parce que Luuk et Mia se préoccupent vraiment de leurs clients…(la liste est longue).

    Steven C.: Parce que faire ses emplettes peut être plaisant, passionnant et humain.

    Nancy L.: Ca devait être biologique et nous en avions assez de passer devant des étalages remplis de produits inutiles. Pouvoir faire ses emplettes de manière efficiente est l’atout majeur du Blauwe Bloem.

    Martine A.: Pour la ‘lien’ avec les cultivateurs, pour les produits de qualité et de fraîcheur, pour la sphère agréable au magasin.

    Paul B.: Parce que je m’y sens chez moi.

    Sarah C.: Pour éviter la perte de repère en moi, dans le monde, dans la surproduction de nourriture et pour présenter une manière proche et plus paisible; revenir à ce qui est réellement nécessaire: nourriture, vêtements et… amour.

    Myriam V. & Co:
    – Pour la conscience de la production, le commerce, l’argent, la concertation, le charme et les problèmes du bio, les défis du milieu et les problèmes de santé, etc.
    – Pour la facilité des commandes préalables, pouvoir s’adapter, choisir dans la réserve, l’agrément de la concertation, l’échange de questions et idées.
    – Parce que j’ai envie de changer quelque chose à la situation de l’être humain et du milieu et que je trouve ça une bonne manière d’y faire quelque chose, l’idée d’un terrain d’expérience pour s’engager… et ça marche!
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    Qu’en pensent les Clients ?

    Paul M.: Le principe de magasin alternatif (quel mot!): la relation client, magasin et producteur est ainsi directement possible. Aussi la bonhomie et la tarte au riz!

    Marianne C.: Je veux de l’alimentation bio et BD pour ma famille. L’idéalisme de Mia et Luuk est contagieux et ça marche!

    Marleen D.: Un fort sentiment d’être relié, dès l’enfance, à la Terre-Mère m’a conduit au Blauwe Bloem et j’y trouve de la nourriture pour le corps et l’esprit.

    Tania R.: Un choix conscient dans l’usage de l’argent, du besoin, et cela dans un ensemble sain. Ce magasin et les gestionnaires offrent un large cadre pour le concret, le social, le spirituel. Je trouve cela un endroit qui inspire et qui donne espoir.

    Bart v.d. W.: Parce que je pense qu’un mouvement naturel de changement à partir des consommateurs est assez fort pour un changement global, pour que l’économie classique ne doive plus exploser comme une bombe ravageuse.

    Christine D.: Surtout la collaboration avec les agriculteurs en vue d’arriver à un prix honnête me plaît; c’est peut-être la raison principale pour être client. Ensuite: légumes et fruits qui ont du goût (et pas rien que de l’eau). C’est plus qu’un magasin.

    Hendrik C.: Parce que l’économie de l’offre et de la demande semble à première vue être favorable au consommateur mais, en fait, elle est mauvaise pour le producteur et le consommateur. Dans l’économie actuelle, il n’y a pas de collaboration dans notre société. Celle-ci est malade, nous nous rendons malades et aussi tout autour de nous, sans complexes. Etre humain, prends tes responsabilités (et encore plus mais ceci est la première chose qui me vient à l’esprit).

    Agnès, Léo et Thomas W.:
    – Pour la simplicité et la taille réduite et pourtant aussi la multiplicité et la grandeur, ensemble.
    – Pour l’intimité humaine et surtout l’ouverture confiante.
    – Pour la fraternité de chaque personnalité autour de la table et de Mia et de Luuk.
    Un Bavardage avec des Images

    Qu’en pensent les Clients ?

    Gerda B. : Le Blauwe Bloem est une bonne alternative pour éviter de mourir d’impuissance au milieu d’une masse frappée de folie et d’angoisse. C’est un projet d’action durable qui nous rapproche de l’essence, dans lequel Mia et Luuk sont restés fidèles, avec beaucoup d’abnégation, à la pensée de l’économie associative. Le Blauwe Bloem est un magasin où j’ai beaucoup appris par la concertation et continue à apprendre, et auquel je ne veux pas renoncer!
    Un Bavardage avec des Images

    Le Blauwe Bloem ?

    – D’où vient le nom du Blauwe Bloem (fleur bleue)?
    – Est-ce que le nom ‘Novalis’ vous dit quelque chose ?
    – Pas vraiment.
    – C’est le nom d’écrivain de Friedrich von Hardenberg, un poète Allemand qui vécut de 1772 à 1801. Il est considéré comme un des représentants les plus créatifs du romantisme. Quoiqu’il soit mort jeune, il a laissé un certain nombre de livres remarquables, dont certains sont restés inachevés. Dans un de ces livres, intitulé ‘Heinrich von Ofterdingen’, la fleur bleue est le thème central.
    – Elle est le symbole de quelque chose ?
    – Certainement. Elle symbolise la poésie de la vie. Novalis n’utilise pas le terme dans son sens strict d’art poétique, mais dans le sens plus large d’activité humaine créatrice.
    – Et la représentation que vous en faites, vient-elle aussi de Novalis?
    – Non, nous la devons au peintre flamand Eugeen van Steenkiste qui vécut de 1896 à 1963. Il l’a représentée de nombreuses fois dans ses peintures.
    – Je n’ai jamais entendu parler de ce peintre.
    – Cela ne m’étonne pas, il a dû être un homme discret, qui a suivi paisiblement sa route sans chercher spécialement le succès. Sur la peinture ‘Het Mysterieuze Akkoord’ (L’accord mystérieux) par exemple, vous voyez comment la fleur bleue fleurit sur le croisement de deux chemins où deux personnes vont se rencontrer. Plus tard l’artiste Dora Seaux s’est inspirée des représentations d’Eugeen van Steenkiste pour réaliser le logo du magasin.
    – Le Blauwe Bloem est donc un symbole artistique; ça me semble assez surprenant de l’employer comme nom d’un magasin.
    – Pourtant, ce n’est pas aussi surprenant qu’il n’y paraît, si vous considérez l’objectif du magasin. Pour avoir quelque chance de maintenir à l’avenir notre société dans des limites harmonieuses, nous devrons développer dans notre vie quotidienne un véritable art social.
    – Vous voulez dire une nouvelle manière de vivre ensemble ?
    – Exactement. La vie économique est, dans ce domaine, un terrain d’apprentissage excellent. Ça ne peut être confié à une quelconque autorité ou à qui que ce soit, nous devons nous-mêmes donner vie à des formes sociales justes.
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    Le Blauwe Bloem ?

    – Si je comprends bien, vous voyez le Blauwe Bloem comme une telle forme. Après tout ce que vous m’avez dit, je m’imagine que la façon dont fonctionne le magasin est une aide, pour les personnes concernées, à s’engager, entre elles ,dans des relations libres, ouvertes et adultes…
    – … sans aucune forme de pression ou d’influence directe ou indirecte. Nous ne voulons pas fidéliser les clients ; nous voulons inviter les clients, commerçants et producteurs à s’engager entre eux en toute liberté et conscience.
    – Cela me fait penser aux anciens alchimistes.
    – Comment ça ?
    – On dit souvent des alchimistes qu’ils cherchaient la pierre philosophale pour faire de l’or à partir d’autres matières. Mais je suis convaincu qu’il faut voir cela en langage symbolique. L’or ne représente pas seulement le métal précieux, il fut aussi utilisé dans le temps comme symbole de roi ou royal.
    – Je le pense aussi.
    – Mais le vrai alchimiste devra donc chercher la pierre philosophale en lui-même. Il est celui qui prend en main son propre processus de croissance pour développer sa royauté intérieure. Et comme il sied au véritable roi, il se sentira aussi responsable de son prochain, de la nature et de la terre. Et n’est-ce pas ce vers quoi le magasin de Blauwe Bloem veut encourager les gens à aller?