{"id":35,"date":"2009-03-17T09:00:37","date_gmt":"2009-03-17T08:00:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.missterre.org\/blog\/konta\/?p=35"},"modified":"2011-08-15T18:55:38","modified_gmt":"2011-08-15T17:55:38","slug":"deuxieme-partie-de-la-correction-du-livre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.missterre.org\/blog\/konta\/?p=35","title":{"rendered":"Deuxieme partie de la correction du livre"},"content":{"rendered":"<p>la route de la souffrance<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\">J&rsquo;ai donc choisi la route de l&rsquo;Europe, mais autrement puisqu&rsquo;on me refuse le visa. Avant de partir j&rsquo;\u00e9tudie la carte du monde avec application. Il faut donc aller jusqu&rsquo;au Maroc pour atteindre la fronti\u00e8re espagnole. Mais quel chemin prendre ? Personne ne peut ou ne veut me renseigner clairement, la seule chose sur laquelle tout le monde est d&rsquo;accord c&rsquo;est que je m&rsquo;engage sur un chemin de souffrance. Mais je veux vraiment partir, je ne veux plus entendre les mises en garde de certains de mes proches. Je ne demanderai plus rien, je ne parlerai plus de mon projet, je ne veux pas que l&rsquo;on me d\u00e9courage. Je vais donc partir seul, sans rien dire \u00e0 personne , pas m\u00eame \u00e0 mes parents qui essaieraient sans doute de me retenir.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\">Ma route commence \u00e0 Dakar, de l\u00e0 je prends le train pour le Mali o\u00f9 je rencontre un compatriote qui a le m\u00eame projet que moi. Arriv\u00e9s \u00e0 Bamako, comme nous n&rsquo;avons aucun point de chute, nous cherchons une mission s\u00e9n\u00e9galaise. On nous indique la maison d&rsquo;un c\u00e9l\u00e8bre marabout s\u00e9n\u00e9galais originaire de Touba, une ville sainte de S\u00e9n\u00e9gal o\u00f9 naquit le grand marabout Check Amadou Bamba. Au nom de Dieu et de la religion, beaucoup offre des repas gratuitement \u00e0 notre h\u00f4te qui accepte de nous loger durant trois mois.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\">Il faut donc que je m&rsquo;organise afin de quitter le Mali pour l&rsquo;Alg\u00e9rie. Mon passeport s\u00e9n\u00e9galais n&rsquo;est valable qu&rsquo;avec un visa pour entrer en Alg\u00e9rie. Renseignements pris, on m&rsquo;indique une personne qui moyennant une somme d&rsquo;argent me fournit un passeport malien. La double nationalit\u00e9 en poche, \u00e0 une semaine du d\u00e9lai de trois mois que m&rsquo;avait accord\u00e9 le marabout, je prends cong\u00e9 de mon h\u00f4te qui me souhaite bonne route sans rien me demander pour m&rsquo;avoir h\u00e9berg\u00e9.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\">Je prends l&rsquo;autobus pour Gao, la derni\u00e8re grande ville malienne avant la fronti\u00e8re alg\u00e9rienne, puis une petite voiture jusqu&rsquo;\u00e0 Kidal o\u00f9 je vais prendre un 4*4 pour traverser le Sahara jusqu&rsquo;\u00e0 Tamanrasset en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\">C&rsquo;est \u00e0 Kidal que commence la route de la souffrance. Les 4*4 qui traversent le d\u00e9sert ne transportent que des immigrants comme moi. Assis les uns sur les autres, les mains agripp\u00e9es \u00e0 une cordelette au centre de la voiture, nous sommes vingt-cinq personnes dans une petite Land-Rover conduite par un chauffeur arabe qui conna\u00eet tr\u00e8s bien le d\u00e9sert. Nous roulons quatre jours avec seulement cinq litres d&rsquo;eau, quatre bo\u00eetes de sardines et trois pains. Le chauffeur nous avertit que celui qui tombera sera laiss\u00e9 l\u00e0 sans secours, il faudra donc bien s&rsquo;accrocher pour ne pas mourir. Le chauffeur roule sans se soucier de nous, \u00e0 ses yeux nous ne sommes que des animaux qu&rsquo;il transporte pour gagner de l&rsquo;argent. Toutes les neuf heures la voiture s&rsquo;arr\u00eate, certains d&rsquo;entre nous ne peuvent m\u00eame plus marcher, leurs membres sont paralys\u00e9s par les heures entass\u00e9s sans bouger dans la voiture. Pendant ce temps de pause destin\u00e9 au repos du chauffeur, il nous est interdit de parler et de bouger jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il d\u00e9cide de repartir. Le cinqui\u00e8me jour nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Tamanrasset sans \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9s par les gardes fronti\u00e8re alg\u00e9riens. Deux solutions s&rsquo;offrent \u00e0 moi : prendre un autre 4*4 pour repartir dans le d\u00e9sert jusqu&rsquo;\u00e0 Oran ou alors le bus pour aller travailler dans les champs \u00e0 Gharda\u00efa. Comme je n&rsquo;ai plus d&rsquo;argent je me dirige vers Gharda\u00efa. Une fois arriv\u00e9 je cherche le ghetto des S\u00e9n\u00e9galais dans la brousse car je ne verrai plus un seul noir log\u00e9 en ville jusqu&rsquo;en Espagne. A Gharda\u00efa il n&rsquo;y a pas de contr\u00f4le pour les immigrants, je trouve du travail dans les champs pour la r\u00e9colte du raisin et des tomates pendant deux mois pour un salaire de cinquante Euros par mois. Puis je travaille comme journalier pour cinquante centimes ou un Euro de l&rsquo;heure afin d&rsquo;avoir assez d&rsquo;argent pour rejoindre Maghniya une ville plus proche du Maroc o\u00f9 d&rsquo;apr\u00e8s ce que l&rsquo;on m&rsquo;a dit je peux trouver du travail.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\">Je reprends donc la route vers Maghniya. A mon arriv\u00e9e, je d\u00e9couvre dans la brousse un endroit seulement habit\u00e9 par des noirs qui ont arr\u00eat\u00e9 ici leur chemin pour cr\u00e9er un gouvernement avec un pr\u00e9sident, une arm\u00e9e, des ministres &#8230; Leurs lois sont incroyables ! Ils kidnappent d&rsquo;autres migrants qui veulent atteindre l&rsquo;Europe et les s\u00e9questrent jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils leur donnent de l&rsquo;argent, certains meurent parce qu&rsquo;ils ne peuvent pas payer. Ma situation est de plus en plus difficile, je reste l\u00e0 car je n&rsquo;ai pas d&rsquo;argent pour payer le gouvernement. Chaque jour je vais au village pour mendier de quoi manger. Je suis d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, il m&rsquo;arrive souvent de penser \u00e0 rentre \u00e0 la maison mais refaire le chemin \u00e0 l&rsquo;envers sera aussi difficile que pour venir. Comment sortir de cette gal\u00e8re ? Je passe mon temps \u00e0 y r\u00e9fl\u00e9chir ou \u00e0 pleurer devant mon impuissance. Je finis par obtenir un travail pour la cueillette des past\u00e8ques. Je travaille chaque jour de 8h \u00e0 18h pour cinquante Euros par mois (les tarifs sont donc partout les m\u00eames dans le pays) et le soir en rentrant je passe de maison en maison pour demander \u00e0 manger car je n&rsquo;ai pris aucun repas de toute la journ\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\">J&rsquo;ai v\u00e9cu onze mois ainsi avec la peur d&rsquo;\u00eatre attrap\u00e9 par la police qui vient r\u00e9guli\u00e8rement nous d\u00e9loger pour nous reconduire \u00e0 la fronti\u00e8re .<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\">Avec la petite somme d&rsquo;argent que j&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 gagner je d\u00e9cide d&rsquo;aller maintenant vers le Maroc. En compagnie de quelques personnes qui connaissent le chemin, je quitte Maghniya le soir vers 20h afin de ne pas \u00eatre vu par la police. Apr\u00e8s avoir traverser des canaux de d\u00e9chets, la boue des plantations, j&rsquo;arrive \u00e0 la fronti\u00e8re marocaine \u00e0 4h du matin. L\u00e0 un petit jeu de \u00ab ballon \u00bb s&rsquo;organise entre les militaires des deux pays qui nous renvoie d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et de l&rsquo;autre de la fronti\u00e8re. Finalement nous entrons au Maroc. Sales comme des soldats au retour de la guerre car nous avons ramp\u00e9 couru&#8230;toute la nuit, il faut \u00e0 tout prix entrer dans la ville avant le r\u00e9veil des habitants qui risquent de nous d\u00e9noncer \u00e0 la police qui nous reconduirait \u00e0 la fronti\u00e8re. Arriv\u00e9 \u00e0 Oujda, je me dirige vers l&rsquo;universit\u00e9 o\u00f9 se trouvent des \u00e9tudiants de tous les pays d&rsquo;Afrique noire. Gr\u00e2ce \u00e0 ces \u00e9tudiants les immigrants sont log\u00e9s derri\u00e8re les classes \u00e0 l&rsquo;air libre munis de couvertures noires distribu\u00e9es par M\u00e9decins Sans Fronti\u00e8re. Nous sommes l\u00e0 plus de 400 avec le m\u00eame objectif : l&rsquo;Europe. Je suis seul, je ne connais personne, je d\u00e9cide de m&rsquo;asseoir adoss\u00e9 contre un mur pour le reste de la nuit.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\">Le jour lev\u00e9, je d\u00e9cide de partir pour Rabat car on m&rsquo;a dit qu&rsquo;il y avait l\u00e0-bas Sambou un gar\u00e7on qui vient de Diana, un village voisin du mien au S\u00e9n\u00e9gal. Pour arriver \u00e0 Rabat j&rsquo;ai plusieurs solutions : marcher \u00e0 pied pendant un mois, prendre le train ou l&rsquo;autobus avec des faux papiers ou payer quelqu&rsquo;un qui n\u00e9gociera mon passage avec la police. Je choisis de payer un n\u00e9gociateur et je monte dans le train pour une nuit de voyage jusqu&rsquo;\u00e0 Rabat.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>la route de la souffrance J&rsquo;ai donc choisi la route de l&rsquo;Europe, mais autrement puisqu&rsquo;on me refuse le visa. Avant de partir j&rsquo;\u00e9tudie la carte du monde avec application. Il faut donc aller jusqu&rsquo;au Maroc pour atteindre la fronti\u00e8re espagnole. Mais quel chemin prendre ? Personne ne peut ou ne veut me renseigner clairement, la <a class=\"read-more-link\" href=\"http:\/\/www.missterre.org\/blog\/konta\/?p=35\"><br \/>&#8230;read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[7,5],"geo":null,"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.missterre.org\/blog\/konta\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/35"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.missterre.org\/blog\/konta\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.missterre.org\/blog\/konta\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.missterre.org\/blog\/konta\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.missterre.org\/blog\/konta\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=35"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.missterre.org\/blog\/konta\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/35\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.missterre.org\/blog\/konta\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=35"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.missterre.org\/blog\/konta\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=35"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.missterre.org\/blog\/konta\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=35"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}